AI Overview outre-mer : nos premiers relevés sur 189 sites

🇬🇧 Read in English : Google AI Overview overseas: first findings on 189 sites
Le 24 juillet 2026, deux jours après que Google a activé ses réponses IA en France, nous avons interrogé l’aperçu IA de Google sur 189 sites d’agences web et de communication digitale d’outre-mer — des professionnels du web, ceux dont c’est le métier de rendre un site visible. Résultat : dans 92 % des cas, Google ne renvoie plus une liste de liens, il rédige une réponse. Et près d’une fois sur deux, ce n’est pas le site officiel qui sert de source principale à cette réponse — c’est un tiers. Si même les experts se font contourner, imaginez pour une entreprise ordinaire. Voici ce que ce premier relevé montre, ce qu’il ne montre pas encore, et le seul levier technique qui ressort vraiment.
Dans mon article de la semaine dernière sur les AI Overviews, je promettais qu’on n’allait pas se contenter de commenter les chiffres américains — on allait mesurer chez nous. C’est fait. Voici les premiers relevés de l’ Observatoire Kimoun.
Comment on a mesuré (et pourquoi c’est un relevé, pas un audit)
Remarque
Le dispositif. Le 24 juillet 2026, depuis une connexion résidentielle localisée en outre-mer, nous avons posé à Google une question normalisée sur chaque site du panel — de la forme qui est l’entreprise {nom} en {territoire} — et enregistré l’aperçu IA : sources citées, position du site officiel, contenu de la réponse. Panel : 189 sites d’agences web et de communication digitale de Guadeloupe, Guyane, Martinique et La Réunion, appariés par territoire. Autrement dit, des professionnels du web observés sur leur propre visibilité.
Un mot de vocabulaire, parce qu’il compte. L’Observatoire mesure et relève : une photographie, à une date, dans des conditions comparables. Ce n’est pas un audit — l’audit, c’est le travail d’expert qui vient après, pour une entreprise donnée, et qui dit pourquoi et quoi faire. Ici, on pose le thermomètre. Et c’est un premier passage : le protocole prévoit plusieurs relevés espacés par site, puis une extension au-delà de l’outre-mer. Vous lisez une photographie de départ. J’assume la limite — elle ne retire rien à ce que les chiffres disent déjà.
Constat 1 — l’aperçu IA est déjà partout
Le premier chiffre est le plus net. Sur les 189 requêtes, 173 déclenchent un aperçu IA — soit 92 %. Deux jours après le lancement français, l’outil s’affiche déjà presque systématiquement sur ce type de requête de renseignement.
Concrètement : quand un client, un partenaire ou un journaliste tape le nom de votre société pour comprendre ce que vous faites, il y a plus de neuf chances sur dix qu’il lise d’abord un paragraphe écrit par Google. La première impression de votre entreprise ne se joue plus sur votre page d’accueil — elle se joue dans un encadré que vous n’écrivez pas.
Constat 2 — un site sur deux se fait voler la vedette
Astuce
Le site officiel n’est la source principale de l’aperçu IA que dans 55 % des cas. Près d’une fois sur deux, c’est un tiers — annuaire, presse, réseau social, data.gouv — qui raconte l’entreprise à sa place.
Voici le chiffre qui devrait faire lever un sourcil à tout dirigeant. Quand Google rédige sa réponse, il s’appuie sur plusieurs sources et en met une en avant. Cette source n°1 est le site officiel de l’agence dans seulement 55 % des cas (104 sites sur 189). Autrement dit, près d’un professionnel du web sur deux ne raconte pas sa propre histoire dans l’aperçu IA : c’est un annuaire, une brève de presse, un profil LinkedIn ou une page data.gouv qui devient sa voix officielle. Parfois c’est flatteur. Souvent c’est daté, incomplet, ou pas ce que vous auriez choisi de dire de vous.
Et arrêtons-nous une seconde sur ce que ça signifie. Le panel, ce sont des agences web et de communication digitale — des gens dont c’est littéralement le métier de rendre un site visible. Si près d’un cordonnier sur deux est aussi mal chaussé, la question se pose crûment pour une entreprise ordinaire qui n’a ni ce temps ni ces compétences : si les experts se font contourner, qui parle à votre place ?
La question n’est donc plus seulement « suis-je cité ? », mais « qui parle à ma place ? ». Et ça se vérifie en trente secondes : tapez qui est l’entreprise {votre nom} dans Google, et regardez les cartes de sources sous l’aperçu. Si votre domaine n’y figure pas en premier, quelqu’un d’autre tient le micro.
Prenons un exemple concret et local — hors panel, pour illustrer le mécanisme sur une marque grand public que tout le monde connaît. Sur la requête qui est l’entreprise Damoiseau en Guadeloupe, l’aperçu IA rédige une fiche solide et exacte : premier producteur de rhum agricole de l’île, fondée en 1942 au Moule, direction familiale, près de 50 % du marché local. La distillerie est bien traitée — et son site officiel rhum-damoiseau.com figure parmi les sources citées. C’est un bon cas. Mais regardez de près : la première source mise en avant, ce n’est pas le site de Damoiseau, c’est un site touristique tiers. Même une marque forte et bien décrite ne tient pas toujours le premier micro. La bonne nouvelle : quand la maison a de la matière — une histoire, des données, une page « à propos » nourrie —, elle reste dans la conversation. C’est exactement ce qui se joue.

Requête qui est l'entreprise Damoiseau en Guadeloupe : l'aperçu IA rédige la réponse et cite sept sources. Le site officiel rhum-damoiseau.com y figure — mais la source mise en avant reste un site tiers. Même une marque forte partage le micro.
Constat 3 — la surprise : un beau site ne suffit pas
Astuce
La qualité technique d’un site ne prédit pas son score dans l’aperçu IA. Ce qui fait citer un site, c’est d’abord la notoriété tierce — Wikipédia, data.gouv, annuaires, LinkedIn — bien plus que la propreté du code.
C’est une demi-surprise. On aurait pu parier qu’un site bien construit, rapide et lisible par les machines serait mécaniquement mieux cité. Ce n’est pas le cas : dans nos relevés, la qualité d’un site et son score dans l’aperçu IA n’avancent pas ensemble. De très bons sites sont peu cités, des sites modestes le sont beaucoup.
En croisant les deux dimensions, le panel se répartit en quatre groupes. Les deux qui racontent l’histoire :
- environ 48 sites « angles morts » : techniquement bons, mais peu cités. Ils ont fait le travail chez eux et n’en récoltent pas le fruit dans l’aperçu ;
- environ 49 sites « portés par les tiers » : leur site n’a rien d’exceptionnel, mais l’IA les cite volontiers, parce qu’on parle d’eux ailleurs.

Qualité du site et présence dans l'aperçu IA n'avancent pas ensemble : ~48 bons sites restent peu cités (« angles morts »), ~49 sites modestes sont très cités parce qu'on parle d'eux ailleurs.
Ce qui fait la différence, ce n’est donc pas d’abord le code : c’est la notoriété tierce. Une mention Wikipédia, une fiche data.gouv, des annuaires reconnus, une présence LinkedIn — voilà ce que l’IA lit comme un gage de fiabilité. Elle se méfie de ce que vous dites de vous ; elle fait confiance à ce que les autres disent de vous. Et je préfère être clair : notre mesure de qualité de site ne prédit pas le score IA. Le corollaire, lui, est très rassurant : cette notoriété tierce, c’est exactement ce que le SEO classique construit depuis toujours. Les citations sur des sites de référence, les backlinks, le netlinking, la présence sur les annuaires qui comptent — loin d’être périmés à l’ère de l’IA, ces fondamentaux redeviennent décisifs. C’est la même logique que le guide officiel de Google : il n’y a pas de « référencement IA » séparé. Le GEO, c’est du bon SEO, appliqué à un moteur qui répond au lieu de lister.
Constat 4 — le seul levier technique qui ressort : llms.txt
Si la propreté générale du site ne fait pas la différence, un élément précis, lui, ressort. Les sites qui publient un fichier llms.txt sont sensiblement plus souvent leur propre source n°1 : environ 67 %, contre environ 50 % sans. Ce petit fichier double à peu près les chances de tenir le micro dans l’aperçu qui vous concerne.

Avec un llms.txt : ~67 % des sites sont leur propre source n°1, contre ~50 % sans. Le seul levier purement technique qui ressort nettement du relevé.
Un llms.txt, c’est un plan de votre site écrit pour les modèles de langage : là où une page web noie l’info dans le menu, le pied de page et le code, ce fichier liste en texte clair vos pages importantes. Vous mâchez le travail à l’IA. Et aujourd’hui, seulement 31 % du panel en publie un — deux agences web sur trois n’ont pas encore posé ce geste. Rappelez-vous qui compose ce panel : des professionnels du web. Si le geste manque chez les spécialistes, il manque presque partout ailleurs. C’est un avantage précoce, du genre qui ne dure jamais longtemps.
Remarque
Une preuve chez nous. kimoun.com publie un
llms.txtet une page « à propos » factuelle. Résultat, remontré la semaine dernière : sur qui est l’entreprise kimoun en Guadeloupe, Google rédige la réponse — activité, localisation au Moule, historique depuis 2003 — et cite kimoun.com en source. On applique ce qu’on mesure.
Prudence tout de même : deux faits qui vont ensemble ne prouvent pas que l’un cause l’autre — les sites qui publient un llms.txt soignent peut-être aussi le reste. Mais parmi les leviers que vous contrôlez directement, c’est le plus prometteur et le plus simple à poser, dans la même logique que des
données structurées propres : rendre votre site facile à lire pour une machine.
Ce qu’on ne sait pas encore
Je préfère finir par les limites : elles disent le sérieux d’une mesure autant que ses résultats. Ce relevé est un premier passage, pas une série — l’aperçu IA varie d’un jour à l’autre, il faudra plusieurs relevés par site pour séparer le signal du bruit. Le panel est exclusivement outre-mer : les tendances se retrouveront peut-être dans l’Hexagone, mais je ne l’affirmerai qu’après l’avoir mesuré. Et corrélation n’est pas causalité : le lien entre llms.txt et citation est réel dans nos données, pas encore une preuve qu’agir sur l’un déplace l’autre. La méthode complète, avec le détail statistique, sera publiée sur l’Observatoire pour qui veut regarder sous le capot.
Une conviction, malgré les réserves : la bataille de la visibilité IA ne se gagne pas dans le code, elle se gagne dans la légitimité. Un site propre est le ticket d’entrée. Ce qui vous fait citer, c’est d’exister — clairement et vraiment — à la fois chez vous et partout où l’on vous cherche.
La question que je vous laisse, et qui vaut un test de trente secondes : quand vous tapez le nom de votre entreprise dans Google, est-ce votre site qui sert de source à l’aperçu IA — ou quelqu’un d’autre ?
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