Analyses

Saint-Barth à la CTU : la Caraïbe numérique avance

Saint-Barthélemy admise à la Caribbean Telecommunications Union, après la Guyane. Ce que ce pont entre Caraïbe francophone et anglophone change ici.
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Saint-Barth à la CTU : la Caraïbe numérique avance

🇬🇧 Read in English : Saint-Barth joins the CTU: a digital Caribbean

Réunis à Cayenne fin septembre pour la 32ᵉ Conférence générale des ministres de la CTU, les ministres TIC de la Caraïbe ont approuvé l’admission de Saint-Barthélemy comme membre associé de la Caribbean Telecommunications Union, sous réserve de l’accession formelle. Une ligne administrative en apparence. En réalité, une étape de plus dans un mouvement de fond : l’intégration numérique de la Caraïbe par-dessus la frontière des langues, et la Guadeloupe est au cœur de l’histoire.


Ce qui s’est décidé à Cayenne  

  Astuce

L’essentiel : Saint-Barthélemy devient membre associé de la CTU, l’organisation qui coordonne les politiques numériques de la Caraïbe. La décision a été prise du 20 au 24 septembre à Cayenne, la première fois que l’événement phare de la CTU se tenait en territoire français.

L’information nous vient de Gerard Best, journaliste trinidadien qui suit la coopération numérique caribéenne de près. La CTU ICT Week s’est tenue à Cayenne du 20 au 24 septembre 2026, sous le thème de la résilience, de l’inclusion, de la cybersécurité et de l’innovation dans le développement numérique caribéen, avec une devise en forme de programme : « One Region. One Rhythm. One Digital Future. » Une première en territoire français, et la première fois que des officiels français et européens de haut niveau participaient directement à la Conférence générale des ministres.

Des statuts réécrits pour accueillir les territoires français  

Au passage, les ministres ont réécrit les règles d’adhésion de l’Union, en créant une catégorie « pays membre » avec des sous-catégories distinguant les États membres de la CARICOM et les membres associés. Traduction : la CTU s’organise structurellement pour accueillir les territoires non anglophones. Ce n’est plus de l’exception diplomatique, c’est de l’architecture institutionnelle.

« L’admission de Saint-Barthélemy à la CTU montre que CaribIX était bien plus qu’une preuve de concept. Les institutions régionales peuvent obtenir des résultats diplomatiques en mobilisant le réseau humain que des communautés comme CaribNOG ont bâti au fil des années pour mener un travail technique par-delà la frontière des langues. C’est exactement ainsi que la coopération multilatérale à l’échelle de la Caraïbe passe d’une logique de projet à une réalité permanente. »

— Gerard Best, le DJ (Development Journalist) qui suit la coopération numérique caribéenne

Le chemin passe par chez nous : CaribIX  

  Important

L’adhésion de Saint-Barth n’est pas tombée du ciel : elle est l’aboutissement de CaribIX, un projet Interreg Caraïbes lancé en 2022 qui a doté la Guadeloupe, Saint-Barthélemy et Saint-Martin de points d’échange internet.

Pour comprendre cette admission, il faut remonter à mars 2022 et au lancement de CaribIX : un projet financé par INTERREG Caraïbes et cofinancé par le Fonds européen de développement régional, pour établir des points d’échange internet (IXP) en Guadeloupe, à Saint-Barthélemy et à Saint-Martin. La coordination : la CTU elle-même, avec CaribNOG en appui régional, aux côtés de la Région Guadeloupe, de la Collectivité de Saint-Barthélemy et de Telem SXM.

Les résultats sont concrets et datés : le SBH-IX de Saint-Barthélemy a été lancé à Gustavia le 30 juin 2022, le Smart-IX de Saint-Martin à Marigot depuis octobre de la même année. Un IXP, c’est la plomberie invisible du numérique : le trafic local s’échange sur place au lieu de faire l’aller-retour par Paris ou Miami. Moins de latence, plus de résilience : un sujet que les entreprises d’ici connaissent bien, j’en parlais à propos de la résilience numérique de la Guadeloupe.

C’est cette collaboration de terrain que les ministres ont explicitement mise en avant : l’admission reconnaît la relation de travail établie à travers CaribIX et le Saint-Barth Internet Exchange, comme une étape pour étendre la portée de l’Union dans le nord de l’arc antillais et relier les Caraïbes francophone, anglophone et néerlandophone. La leçon est limpide : dans la Caraïbe, l’intégration ne descend pas des traités, elle monte des projets.

La Guyane a ouvert la voie, qui sera le prochain ?  

La séquence est rapide. Le 1ᵉʳ octobre 2025 à Kingston, les ministres approuvaient à l’unanimité la candidature de la Guyane comme membre associé, au nom de la coopération numérique entre la CARICOM et les territoires français. Le 5 mai 2026, l’accord formel était signé au siège de la CTU à Port of Spain, entre le président de la CTU d’alors et le président de la Collectivité Territoriale de Guyane Gabriel Serville, en présence de l’ambassadeur de France à Trinité-et-Tobago. Et en septembre 2026, Cayenne accueillait l’événement phare de l’Union.

Cayenne a d’ailleurs renouvelé la gouvernance de l’Union : Saint-Kitts-et-Nevis prend la présidence de la CTU, représentée par le ministre Konris Maynard, et Saint-Vincent-et-les-Grenadines la vice-présidence de la Conférence générale des ministres.

Guyane, puis Saint-Barthélemy. Gerard Best conclut son analyse d’un clin d’œil : si Saint-Martin ou la Guadeloupe frappent à la porte, les ministres de la CTU auront une impression de déjà vu. La question n’est plus « si », mais « quand ».

Ce que ça change pour une entreprise guadeloupéenne  

  Astuce

Les marchés caribéens voisins se rapprochent : institutions qui coopèrent, infrastructures connectées, financements européens partagés. Pour en profiter, une condition : exister dans les deux langues.

On pourrait ranger tout ça au rayon de la diplomatie régionale. Ce serait une erreur de lecture. Ce qui se construit, c’est un espace numérique caribéen où les frontières linguistiques comptent de moins en moins : des financements Interreg qui associent systématiquement îles francophones et anglophones, des institutions comme la CTU qui adaptent leurs statuts pour nous accueillir, des infrastructures qui relient physiquement nos territoires.

Des marchés voisins à trente minutes d’avion  

Pour une TPE ou PME de Guadeloupe, la conséquence est très concrète : la Dominique, Sainte-Lucie, Antigua ou la Barbade ne sont plus des marchés théoriques. Ce sont des voisins à 30 minutes d’avion, avec qui les cadres de coopération existent déjà et se renforcent année après année. Dans l’autre sens, les entreprises anglophones de la région regardent vers les Antilles françaises, porte d’entrée vers l’Europe et ses financements.

Être lisible des deux côtés de la frontière des langues  

Chez Kimoun, nous avons fait de ce pont notre terrain de jeu : des sites et des contenus pensés dès l’origine en français et en anglais, pour des acteurs d’ici qui visent la Caraïbe, et des acteurs caribéens qui visent le marché francophone. Cet article existe d’ailleurs dans les deux langues, comme il se doit.

Les ministres ont clos la conférence en réaffirmant la vision portée par l’hymne de la semaine : quelles que soient leur langue, leur géographie ou leur statut constitutionnel, les peuples de la Caraïbe avancent ensemble. One Region, One Rhythm, One Digital Future. Depuis Le Moule, on signe des deux mains.

Je n’ai pas de forum sur ce blog, et la question que je vous laisse mérite mieux qu’un silence : votre entreprise a-t-elle déjà travaillé avec une île anglophone voisine, ou qu’est-ce qui l’en empêche encore ?

Alors poursuivons ailleurs. Venez en discuter sur LinkedIn : je réponds aux commentaires, et les meilleurs échanges finissent souvent par devenir un prochain article. Et pour suivre la construction de cette Caraïbe numérique sans avoir à y penser, abonnez-vous à la newsletter Kimoun : une à deux fois par mois, une veille triée pour aller à l’essentiel. Désinscription en un clic.

Questions fréquentes

La CTU est l’organisation intergouvernementale qui coordonne les politiques numériques et télécoms de la Caraïbe, depuis son siège de Port of Spain à Trinité-et-Tobago. Historiquement anglophone et liée à la CARICOM, elle s’ouvre depuis 2025 aux territoires français. La Guyane en est membre associé depuis mai 2026, et Saint-Barthélemy vient d’être admise au même statut lors de la conférence des ministres de septembre 2026 à Cayenne. Cette ouverture n’est pas une exception diplomatique ponctuelle : les ministres ont réécrit les règles d’adhésion pour créer une catégorie distinguant les États membres de la CARICOM des membres associés. Autrement dit, l’Union s’organise structurellement pour accueillir des territoires non anglophones.

Le statut de membre associé permet à la Collectivité de participer aux travaux de la CTU sans être un État membre de plein droit. Les ministres TIC de la Caraïbe ont approuvé cette admission en septembre 2026, sous réserve de l’accession formelle, qui reste à signer. C’est le même chemin que la Guyane, dont la candidature avait été approuvée en octobre 2025 à Kingston avant que l’accord formel ne soit signé en mai 2026 à Port of Spain. Concrètement, Saint-Barthélemy prend part aux discussions régionales sur la résilience des réseaux, la cybersécurité et l’interconnexion, aux côtés d’îles avec lesquelles ses opérateurs échangent déjà du trafic.

CaribIX est un projet lancé en mars 2022, financé par INTERREG Caraïbes et cofinancé par le Fonds européen de développement régional, pour doter la Guadeloupe, Saint-Barthélemy et Saint-Martin de points d’échange internet. La CTU en assurait la coordination, avec CaribNOG en appui régional, aux côtés de la Région Guadeloupe, de la Collectivité de Saint-Barthélemy et de Telem SXM. C’est cette coopération technique de terrain, menée pendant plusieurs années entre équipes francophones et anglophones, qui a ouvert la voie à l’adhésion de Saint-Barth. Les ministres l’ont explicitement citée en approuvant l’admission : l’intégration régionale est née du projet, pas du traité.

Un point d’échange internet permet aux opérateurs et hébergeurs locaux d’échanger leur trafic directement sur place, au lieu de le faire transiter par Paris ou Miami. Le gain est triple : moins de latence sur les services locaux, plus de résilience quand un câble sous-marin ou un acteur distant tombe, et un écosystème numérique local plus autonome. Pour une île, c’est la différence entre dépendre entièrement d’une liaison lointaine et garder un fonctionnement interne même en cas de coupure. Le SBH-IX de Saint-Barthélemy a été lancé à Gustavia le 30 juin 2022, le Smart-IX de Saint-Martin à Marigot en octobre de la même année.

Parce que les marchés caribéens voisins deviennent concrètement plus accessibles. Les institutions coopèrent, les infrastructures se connectent, et les projets financés par l’Europe associent désormais systématiquement îles francophones et anglophones. Pour une TPE ou une PME d’ici, travailler avec la Dominique, Sainte-Lucie, Antigua ou la Barbade n’a jamais été aussi réaliste : ce sont des voisins à trente minutes d’avion, dans le même fuseau horaire et le même contexte insulaire. Une condition tient cependant tout le reste : être visible dans les deux langues. Un site uniquement francophone reste invisible pour un acheteur de Bridgetown, quelle que soit la qualité de l’offre.