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Taxe de séjour en Guadeloupe : qui contrôle Airbnb ?

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8,6 M€ d’amende validés contre Airbnb à Oléron. En Guadeloupe, les 32 communes ont désormais une taxe de séjour — mais qui contrôle son reversement ?
Taxe de séjour en Guadeloupe : qui contrôle Airbnb ?

🇬🇧 Read in English : Tourist Tax in Guadeloupe: Who Keeps Airbnb in Check?

Le 31 juillet 2026, le Conseil constitutionnel a validé le dispositif de sanction qui a coûté 8,6 millions d’euros à Airbnb dans son bras de fer avec l’île d’Oléron, pour des taxes de séjour non reversées en 2021 et 2022. Une petite communauté de communes de 22 000 habitants a fait plier la plateforme. En Guadeloupe, où des milliers de meublés se louent désormais via Airbnb et Booking, j’ai voulu vérifier une chose simple : la taxe de séjour existe-t-elle chez nous, et qui s’assure qu’elle est payée ? Je suis allé chercher la réponse dans la base DELTA de la DGFiP — celle-là même que les plateformes utilisent pour paramétrer leur collecte.


Oléron : 8,6 millions d’euros validés par le Conseil constitutionnel  

Illustration cartoon : dans un tribunal installé sur la plage, un juge-phare valide l'amende de 8,6 millions d'euros infligée à une plateforme de location

Résumons l’affaire. La communauté de communes de l’île d’Oléron constate qu’Airbnb n’a pas reversé la taxe de séjour due sur son territoire en 2021 et 2022. Elle saisit la justice en s’appuyant sur le Code général des collectivités territoriales, qui prévoit une amende par manquement. La cour d’appel de Poitiers condamne Airbnb en avril 2025 : 8,6 millions d’euros pour 7 410 nuitées — les élus en réclamaient 30. La plateforme, qui a invoqué une « erreur technique liée à un problème de gestion des données » et fini par régler les taxes réclamées, ne conteste pas l’obligation de collecte, mais la proportionnalité de l’amende — plus de 25 fois supérieure aux taxes non perçues, selon ses propres calculs. Question prioritaire de constitutionnalité. Verdict du 31 juillet (décision n° 2026-1214/1215 QPC) : le dispositif de sanction est conforme à la Constitution.

L’affaire n’est pas totalement close — le pourvoi revient devant la Cour de cassation, qui doit encore vérifier si le montant est concrètement proportionné — mais le message aux collectivités est limpide : le mécanisme de sanction tient, et une intercommunalité qui compte ses nuitées peut faire payer un géant du numérique. Oléron n’en était d’ailleurs pas à son coup d’essai : dès 2023, le tribunal judiciaire de La Rochelle avait condamné Airbnb à 30 000 euros pour des manquements de collecte sur la même île.

Ce qui m’a frappé dans cette affaire, c’est moins le montant que la méthode. Oléron a gagné parce qu’elle a vérifié. Elle a croisé ses annonces en ligne, ses déclarations, ses reversements. La question qui suit coule de source : qui fait ce travail dans l’archipel ?

En Guadeloupe, la taxe de séjour existe partout — mais depuis peu  

Carte de la taxe de séjour en Guadeloupe — illustration cartoon : les 32 communes plantées de drapeaux à 5 %

  Astuce

Les 32 communes de Guadeloupe sont couvertes par une taxe de séjour au régime réel : les plateformes sont donc légalement tenues d’y collecter, partout.

Premier réflexe : vérifier si nos collectivités ont seulement instauré la taxe. Sans délibération enregistrée auprès de l’administration fiscale, une plateforme n’a rien à collecter — et personne ne peut lui reprocher quoi que ce soit.

  Remarque

Méthode : j’ai interrogé la base ouverte DELTA (DGFiP, data.economie.gouv.fr), qui recense les délibérations de taxe de séjour de toutes les collectivités françaises. C’est le fichier de référence que les opérateurs numériques soumis à l’obligation de collecte utilisent depuis 2019. Une commune absente du fichier = aucune taxe applicable. Pour le département 971 : 850 lignes tarifaires couvrant les 32 communes, issues des délibérations de 6 intercommunalités et de 7 communes en régie directe.

Le résultat, personne ne l’avait publié à ma connaissance :

CollectivitéCommunes couvertesTaxe en vigueur depuisTaux meublés non classés
Cap ExcellenceAbymes, Pointe-à-Pitre, Baie-Mahault1er janvier 20265 %
Riviera du LevantGosier, Sainte-Anne, Saint-François, La Désirade20225 %
Nord Grande-Terre (CANGT)Le Moule, Morne-à-l’Eau, Petit-Canal, Port-Louis, Anse-Bertrand20225 %
Grand Sud CaraïbeBasse-Terre, Capesterre-Belle-Eau, Trois-Rivières, Vieux-Fort, Vieux-Habitants, Terre-de-Bas20225 %
Nord Basse-Terre (CANBT)Petit-Bourg, Lamentin, Sainte-Rose, Goyave, Pointe-Noire20235 %
CC Marie-GalanteGrand-Bourg, Capesterre-de-Marie-Galante, Saint-Louis20205 %
Communes en directDeshaies (2022), Bouillante (2023), Terre-de-Haut (2024), Gourbeyre (2019), Saint-Claude (2020), Baillif (2017)5 % (1 % à Baillif et Saint-Claude)

Trois enseignements.

Le taux est au plafond quasi partout. 5 % du prix de la nuitée par personne pour un hébergement non classé — la catégorie de la majorité des locations type Airbnb. Sur une villa à 200 € la nuit pour 4, ce sont plusieurs euros par nuitée qui doivent revenir à la collectivité.

Le dispositif est récent. Hors Marie-Galante et quelques communes pionnières, l’essentiel de l’archipel n’a délibéré qu’en 2022-2023. Et surtout : Cap Excellence — le cœur économique, Jarry, l’aéroport, la croisière — n’est entré dans le dispositif intercommunal qu’au 1er janvier 2026. Seule Baie-Mahault percevait une taxe communale depuis 2020, à 3 %. Pour toutes les nuitées Airbnb aux Abymes ou à Pointe-à-Pitre avant cette date, sous réserve de l’historique antérieur à la base DELTA, il n’y avait vraisemblablement rien à percevoir — donc rien de perçu.

Cap Excellence a aussi voté du forfaitaire sur une catégorie d’hébergement — les ports de plaisance. Détail technique qui compte : les plateformes ne collectent que la taxe au réel. Le forfaitaire reste à la charge directe de l’hébergeur.

Instituer n’est pas encaisser  

Illustration cartoon : la collecte de la taxe de séjour en trois maillons — plateforme, collectivité, contrôle — dont un cède

Avoir une délibération dans DELTA, c’est la condition de départ. Encaisser, c’est une autre histoire — en trois maillons, et chacun peut lâcher.

Premier maillon : la plateforme collecte-t-elle correctement ? L’obligation existe depuis le 1er janvier 2019 pour les opérateurs qui encaissent le paiement. Mais l’affaire d’Oléron prouve que l’obligation ne suffit pas, et une question écrite à l’Assemblée nationale a documenté l’opacité du dispositif : les collectivités peinent à obtenir des plateformes le détail des nuitées collectées sur leur territoire. Airbnb communique un chiffre national — plus de 210 millions d’euros reversés aux communes françaises en 2025 — mais aucun détail public par territoire d’outre-mer.

Deuxième maillon : la collectivité est-elle outillée pour recevoir et vérifier ? Au nord Basse-Terre, il s’est écoulé plus de deux ans entre la délibération intercommunale et l’ouverture de la plateforme de déclaration aux hébergeurs, en avril 2025. Sans outil de déclaration, pas de registre fiable ; sans registre, pas de croisement possible avec ce que reversent les plateformes.

Troisième maillon : quelqu’un compte-t-il ? C’est là qu’Oléron fait la différence. La réponse ministérielle à la question écrite citée plus haut rappelle que les collectivités disposent de la taxation d’office en cas d’absence de déclaration, et de l’amende juge à l’appui. Ces leviers existent. Je n’ai trouvé aucune trace publique de leur utilisation dans l’archipel. L’hôtellerie seule vend près de 1,3 million de nuitées par an en Guadeloupe selon l’INSEE ; ajoutez plusieurs milliers de meublés actifs sur les plateformes, et la question mérite d’être posée à nos intercommunalités — pas comme une accusation, comme un contrôle de gestion élémentaire.

Cette mécanique s’inscrit dans un mouvement plus large que j’ai décrit dans mon analyse de la souveraineté économique outre-mer : la valeur touristique se déplace vers des plateformes qui ne paient ni charges ni impôt local significatif ici. La taxe de séjour est précisément l’un des rares mécanismes conçus pour qu’une partie de cette valeur reste sur le territoire. Encore faut-il le faire fonctionner.

Ce que ça change pour les hébergeurs  

Illustration cartoon : devant un gîte guadeloupéen, deux files de voyageurs — réservation directe d'un côté, plateforme et sa commission de l'autre

  Attention

La plateforme ne collecte que ses propres réservations. Pour vos réservations directes — téléphone, WhatsApp, votre site —, c’est à vous de percevoir la taxe, de tenir registre et de la reverser. Ne pas le faire vous expose aux mêmes sanctions qu’Airbnb, à votre échelle.

Si vous louez un gîte, une villa ou des chambres dans l’archipel, retenez trois choses. Un : sur vos réservations plateforme, la taxe est normalement prélevée au voyageur et reversée sans action de votre part — mais vérifiez vos relevés, l’erreur technique invoquée par Airbnb à Oléron devrait suffire à convaincre de ne pas signer les yeux fermés. Deux : sur vos réservations directes, la collecte vous incombe, et la plupart des EPCI ont désormais un portail de déclaration. Trois : la taxe est payée par le voyageur, pas par vous — elle n’ampute pas votre marge, contrairement aux 15 à 20 % de commission que prélèvent les plateformes sur chaque réservation, selon les barèmes affichés par Airbnb et Booking.

Les portails de télédéclaration, personne ne les avait rassemblés non plus — les voici, vérifiés un par un :

Et c’est le vrai sujet de fond pour un hébergeur guadeloupéen : la taxe de séjour coûte la même chose au client quel que soit le canal, mais la commission, elle, ne frappe que les réservations plateforme. Chaque réservation reprise en direct — par un site à vous, une fiche Google soignée, un référencement local travaillé — remet cette marge dans votre poche, et la relation client avec. Les plateformes resteront un canal d’acquisition ; elles n’ont aucune raison de rester le seul.

Questions fréquentes

En Guadeloupe, la collecte de la taxe de séjour dépend du canal de réservation : la plateforme la collecte sur ses propres réservations, l’hébergeur la collecte lui-même sur ses réservations directes. Depuis le 1er janvier 2019, toute plateforme qui sert d’intermédiaire de paiement, comme Airbnb ou Booking, est tenue de collecter la taxe au réel pour les hébergements non classés. Elle la reverse ensuite à la commune ou à l’intercommunalité. Si le voyageur réserve en direct, par téléphone, WhatsApp ou votre site, c’est vous qui percevez la taxe auprès du client. Vous tenez alors un registre des nuitées et déclarez à votre collectivité. Les deux circuits coexistent pour un même logement. Une villa peut être louée une semaine via Airbnb et la suivante en direct, avec deux modes de collecte pour la même taxe.

Légalement, oui : Airbnb est tenu de collecter la taxe de séjour partout en Guadeloupe, puisque les 32 communes de l’archipel sont couvertes par une taxe au régime réel. Ces délibérations sont enregistrées dans la base DELTA de la DGFiP, le fichier que les plateformes utilisent pour paramétrer leur collecte. Il compte 850 lignes tarifaires pour le seul département 971. En revanche, aucune donnée publique ne détaille les montants effectivement reversés commune par commune en outre-mer. Airbnb communique un chiffre national, 210 millions d’euros reversés aux communes françaises en 2025, sans ventilation par territoire ultramarin. C’est exactement le point aveugle que l’affaire d’Oléron a mis en lumière : l’obligation existe, mais le contrôle du reversement dépend de chaque collectivité.

Les 32 communes de Guadeloupe appliquent aujourd’hui une taxe de séjour, sans exception, d’après la base DELTA de la DGFiP consultée pour le département 971. La couverture passe par six intercommunalités : Cap Excellence (Abymes, Pointe-à-Pitre, Baie-Mahault), Riviera du Levant, Nord Grande-Terre, Grand Sud Caraïbe, Nord Basse-Terre et Marie-Galante. S’y ajoutent des communes en régie directe comme Deshaies, Bouillante, Terre-de-Haut, Gourbeyre, Saint-Claude et Baillif. Le déploiement s’est échelonné dans le temps. Baillif a délibéré dès 2017, Marie-Galante en 2020, l’essentiel de l’archipel en 2022-2023. Cap Excellence est entrée en dernier dans le dispositif intercommunal, au 1er janvier 2026 seulement. Le taux voté pour les meublés non classés est de 5 % du prix de la nuitée par personne presque partout, contre 1 % à Baillif et à Saint-Claude.

En Guadeloupe, le taux de la taxe de séjour pour un meublé non classé est de 5 % du prix de la nuitée par personne dans la quasi-totalité des collectivités, soit le plafond légal. Les hébergements sans classement représentent la majorité des locations type Airbnb. Seules exceptions relevées dans la base DELTA de la DGFiP : Baillif et Saint-Claude, à 1 %. Concrètement, sur une villa à 200 € la nuit occupée par quatre personnes, la taxe représente 2,50 € par personne et par nuit. Soit 10 € pour la nuitée entière. Le montant par personne est toutefois plafonné au tarif le plus élevé voté par la collectivité. Ce plafond se situe entre 2 € et 4,80 € selon les communes de l’archipel, ce qui peut réduire la facture sur les locations haut de gamme.

Sur vos réservations directes en Guadeloupe, vous devez percevoir la taxe de séjour auprès du voyageur, tenir un registre des nuitées et reverser les sommes à votre collectivité selon son calendrier. La plupart des intercommunalités de l’archipel ont ouvert une plateforme de télédéclaration en ligne. Celle du Nord Basse-Terre, par exemple, est en service depuis avril 2025, plus de deux ans après la délibération intercommunale de 2023. Attention au piège du double comptage. Les nuitées réservées via une plateforme qui encaisse le paiement sont déjà collectées par elle : il ne faut pas les déclarer une seconde fois. Elles doivent en revanche figurer dans votre registre. En cas de doute sur le calendrier ou le portail à utiliser, votre office de tourisme intercommunal est l’interlocuteur de référence.

Une plateforme qui ne reverse pas la taxe de séjour risque une amende de 750 à 2 500 € par manquement, prévue par le Code général des collectivités territoriales et prononcée par le juge à la demande de la collectivité. C’est ce mécanisme que l’île d’Oléron a utilisé contre Airbnb. La cour d’appel de Poitiers l’a condamnée à 8,6 millions d’euros pour 7 410 nuitées non reversées en 2021 et 2022. Soit 1 500 € puis 1 000 € par nuitée. Le Conseil constitutionnel a jugé ce dispositif conforme à la Constitution le 31 juillet 2026 (décision n° 2026-1214/1215 QPC). La collectivité dispose aussi de la taxation d’office : en l’absence de déclaration après mise en demeure, elle peut liquider elle-même la taxe due. Ces leviers valent pour les plateformes comme pour les hébergeurs qui louent en direct.